Lettre ouverte aux candidats aux lègislatives

Association la Passiflore                                                           le 13 juin 2022

Associations  DesTerresMINEes35

Association la 3 M Montbelleux

 

Lettre ouverte à Monsieur Thierry Benoit et Madame Hélène Mocquart

Nous venons vous demander quel est votre sentiment face au projet de suppression des espaces boisés sur la colline de Montbelleux .

Projet de ferme solaire à Montbelleux.

Vous avez certainement pris connaissance du projet de ferme solaire sur le site de  l’ancienne mine (OF 21/10/2021- la Chronique 28/10/2021) et vous en avez sans doute jugé l’opportunité en vous rendant sur place, sur le sentier pédestre balisé de découverte de la mine de Montbelleux ou très précisément sur le lieu même.

Un projet dont le fondement global n’est pas remis en cause.

Soyons clair, notre propos n’est pas de combattre l’énergie photovoltaïque qui devient une des priorités de l’État, nous la soutenons ; nous ne saurions non plus nous opposer au PCAET  (Plan Climat Air Énergie Territorial) de l’agglomération de Fougères dont la production d’électricité représente seulement 2,3 % de sa consommation. On peut comprendre qu’un projet de ferme solaire d’environ 16 ha soit le bienvenu d’autant qu’il sera situé sur une zone classée BASIAS, considérée comme prioritaire par l’État.

De toute évidence, les panneaux photovoltaïques permettent une énergie indéfiniment renouvelable et non polluante.

Arasement d’un bois de 6 ha.

Toutefois, ce projet de ferme solaire a un seul défaut ; plusieurs parcelles (environ 6 ha) sont référencées en EBC (espace boisé classé). Le Conseil municipal a émis un avis favorable sur l’opportunité du projet (séance du 16/09/2021). Une étude d’impact est en cours pour modification du PLU de 2014 qui classait le bois en zone protégée ; l’objectif étant alors de maintenir et préserver strictement cet espace naturel contre toute utilisation susceptible d’en remettre en cause le caractère. Par « son relief » la Butte de Montbelleux « constitue un élément remarquable avec sa couverture boisée ». Le PLU devant « permettre de pérenniser  cet élément caractéristique et atypique du paysage Luitréen ».

Voila deux  conceptions diamétralement opposées en peu de temps. A l’échelle de la vie d’un arbre, c’est inconséquent.

L’arasement de la totalité du bois est projeté. Le porteur du projet prétend qu’aucun enjeu environnemental n’a été identifié ; il évoque  la qualité médiocre des arbres, une partie  du bois a été envahie naturellement par des bouleaux. Il a fait une demande soit pour suppression de la classification EBC, soit pour qu’une dérogation spécifique soit accordée.

Une qualité minimisée par le propriétaire.

En fait, la partie proche du carreau est formée d’anciens déchets de l’exploitation minière qui forme un gros merlon sur lequel sont venus s’implanter des bouleaux, mais cette partie ne représente qu’environ 2 à 3 % de l’ensemble. En réalité, le sol est d’une bonne fertilité pour la région et il est bien drainé.

Environ 90 % est composé de futaies feuillues avec quelques résineux épars.

Le peuplement est principalement composé (70 à 75 %) de vieilles cépées de châtaigners (80 ans peut-être) qui ont bonne allure et sont en bon état sanitaire excepté une lentille où ils sont secs. Ces cépées sont très hautes (30 m). Ces bois sont de qualité chauffage ou poteaux, sauf les plus gros non gélifs qui pourraient passer en sciage. 

Des chênes de haut fût ont grandi à travers ce taillis (20%). Ils atteignent les cimes des châtaigniers. Les plus anciens ont environ 200 ans, les plus jeunes 80, tous de belle venue. Tout comme les châtaigniers, ils possèdent une belle rectitude. On peut en tirer du bois d’œuvre.

De gros pins, principalement des maritimes, ont réussis à s’implanter par-ci par-là, ils pourraient aussi être utilisés en bois d’œuvre. Les hêtres sont rares.

 L’étude d’impact donnera plus de précisions quand à la qualité de la flore et de la faune mais les voisins notent un groupe de chevreuil et les chasseurs ont fait une réserve de ce bois.

Une contrepartie écologique très disproportionnée.

Les panneaux photovoltaïques permettent une énergie décarbonée mais ils sont loin de compenser le bénéfice global qu’apporte un bois sur une surface identique.

Un bois a un rôle écologique de production d'oxygène, de fixation de CO2, de maintien des sols, d'écosystème refuge pour les espèces animales et végétales.  Les bois refroidissent les températures en été  et sont de véritables éponges qui restituent l'eau lentement. De plus, ils ont un rôle économique et pastoral, voire social et ils contribuent grandement aux paysages. L’obligation de replantation d’un nombre d’arbres en guise  de compensation ne pourra au mieux rattraper le déficit que dans une trentaine d’années. Devons nous contraindre nos petits-enfants à cette patience ? Ne sera-t-il pas trop tard ? Comment leur expliquer que c’est dans un but de décarbonisation que nous avons détruit ces arbres ?

Chaque hectare de bois mérite une sauvegarde face à tous les abus d'arasement de haies bocagères et de défrichements que nous avons connus, et qui se poursuivent encore hélas, y compris par le porteur du projet ci-dessus qui, récemment, a abattu 5 chênes vieux de plus de 130 ans pour des motifs fallacieux (la Chronique 04/11/2021). Une plainte à d’ailleurs été déposée.

De plus, sur ce sommet soumis au vent, la disparition de cette couverture verte entraînerait des conséquences non négligeables pour les nombreux riverains, les ruissellements seraient importants avec entrainement de la pollution des sols et des inondations seraient à craindre.

La disparition d’un poumon vert.

C’est en tout cas un poumon vert dans un secteur  Luitré-Dompierre, Parcé, Javené qui disparaitrait. Ce secteur sud-est de Fougères Agglomération a la densité bocagère la plus faible de la Communauté de commune (avec Fleurigné - Compte-rendu Fougères Agglo 4/11/2021). Il aurait besoin non pas d’abattage des arbres mais de réimplantation.

Cette  contrepartie se situerait-t-elle sur le secteur de Luitré-Dompierre/Parcé ?

La disparition d’un lieu mythique.

Ce serait la disparition pour cette colline du caractère préhistorique avec la mémoire de ses deux menhirs, mystérieux avec son culte du dieu du soleil, BELENOS, attrayant avec son parcours d’interprétation qui rappelle tout le passé prestigieux,  historique et minéralogique. Ce changement d’affectation des lieux modifiera  totalement l’esthétique, l’atmosphère et donc l’âme du lieu.

Un dossier financier et non écologique.

Sachant que selon l’étude  présentée, le promoteur situe l’amortissement du projet autour de 12 ha de panneaux, l’intérêt économique de production d’électricité, en cas de maintien du bois, serait diminué mais ne serait pas supprimé. Le dossier technique est à revoir mais surtout, la façon d’aborder la transition écologique est posée avec ses méthodes, ses choix, sa transparence et le bénéfice qui en découle pour les populations locales.

Nous ferons part de votre approche du sujet auprès des électeurs en publiant votre réponse dans la presse.

Recevez, nos sincères salutations.

  Pour la Passiflore,                Pour DesTerresMINEes35,                       Pour la 3M Montbelleux,

  André Robinard.                   Sébastien Jego.                                             Jean Hérisset.